LUTRIN D’ENFER


C’est l’histoire d’un lutin
Un petit lutin vert
Un lutin pervers
Un lutin qui manquait d’air
Puisqu’il n’y en avait pas
Tout seul, il se décida.
Cinquième touche de ton clavier
Facile à faire, copier, coller.
Stupeur chez les imprimeurs
Effarement chez les enfants
Déboule la saga du lutrin
Avec un “r”, ce mort de faim.
Des lutrins partout
Des lutrins à genou
Des lutrins debout
Des lutrins à te rendre fou
Le lutrin est promis au succès
Comédie musicale, broadway
L’orchestre est convoqué
Et les partoches, on les pose où?
Sur un lutrin?
Intervention musclée
du ministère de l’intérieur.
Dans ce climat d’insécurité
Nous ne pouvons laisser
se développer
Cette anarchie, cette gabegie.
Surtout, qu’après tout, ces lutrins
Ce ne sont que des nains.
Par décret peint en rouge
Sur tous les murs de la nation
Que plus un scélérat ne bouge
Le “r” est interdit.
Fallait-y penser, non?
Et là, c’est le chaos.
Le ministèe de l’inteieu est le pemie touché
La épublique vacille, le pésident dépime
La évolte gonde, la évolution s’installe à nos potes
La gande paanoïa avage les espits
C’est la guee civile, une catastophe planetaie
Les autoités pesistent dans leu eeu
Pas question de ecule (prononcer heu-cû-lé, sinon c’est imbitable)
Pede la face devant le peuple? Jamais!
Une solution adicale est touvée.
Flinguez moi ce lutin de malheu
Et qu’on en pale plus.
Fini la belle aventue du lutin peves
Celui qui manquait d’ai
Suffit! J’envoie les CS… enfin, les foces de l’ode
Non… je veux die la gendameie
Mede, à la fin! J’envoie la police… voila!
Même Sakozy s’eneve, même Afain s’embouille (prononcer A-fa-in, mais là, même avec les “r”, c’est imbitable)
Stop!
Un décret rétablit l’usage du “r”
Le cadavre encore tiède du lutin révolutionnaire
Est balancé dans un charnier.
Compost!
Le royaume peut repartir
vers une nouvelle ère
sécuritaire.
Rrrrrrrrrrrr
C’est pas très gai, je sais.
Mais bon…
Le prochain coup, promis,
Je te raconte une histoire plus légère.
Là, il n’est pas question d’éliminer les “r”
Mais plutôt de supprimer les “n”
Une histoire sans haine.
Joli, non?

Philippe Carrese, pour Anne Sylvestre… décembre 2002